Tous les chemins mènent au footwork! Comme celui emprunté par Stig Lasso, artiste basé dans les alentours de Toronto, qui dans sa quête d’épanouissement personnel, mais surtout par pur plaisir, produit aujourd’hui du footwork après des années passées à faire du métal. Après l’écoute de son EP, "CBD Therapy", j’ai eu envie de discuter avec lui de footwork, la scène de Toronto, et en savoir un peu plus sur ses aspirations.

(Note: Read the english version of the interview below)

Peux-tu s’il te plaît te présenter aux lecteurs de Crème de Sons?

Je suis juste un mec bien dans sa trentaine qui vit à la campagne au milieu de nulle part, avec une passion pour fouiller de la musique, tout comme en écouter, la produire mais avant tout se faire plaisir.

Quelle est l’histoire derrière ton nom d’artiste?

Stig Lasso était le nom d’un mécanicien, maintenant à la retraite avec qui j’avais bossé, dont je trouvais que le nom était vraiment cool. Au moment de produire cet EP footwork, j’avais besoin d’un nouvel alias, donc j’ai piqué son nom.

Qu’est-ce qui t’a conduit à faire de la musique et qu’est-ce que cela représente pour toi?

Je dois probablement faire de la musique depuis mes premiers pas, mes premiers mots. J’ai grandi avec mes parents qui eux-mêmes étaient à fond dans la musique et qui m’ont toujours encouragé à jouer de divers instruments, créer différentes sonorités. C’est un truc que j’ai appris à apprécier depuis mon jeune âge. Les choses sérieuses ont commencé à l’âge de 11 ans, quand j’ai eu ma 1ère guitare. De là, j’ai joué dans plusieurs groupes punk et hardcore durant mes années collège et lycée. Je suis aussi devenu un pro de la contrebasse, ce qui m’a valu de faire partie de tous les orchestres disponibles. Même en tant que gamin, je n’avais pas de préférence musicale particulière, j’avais juste de la chance d’être partout à la fois et l’envie de jouer le plus de style de musique possible. La 1ère fois que je tombe sur un DAW, c’est aux alentours des années 2000/2001 où je télécharge grâce à mon modem 56k une démo de Fruity Loops. A l’époque je suis à fond dans le Punk/Métal mais aussi dans le hip-hop underground et les débuts de la jungle/drum and bass. J’ai néanmoins continué à jouer du métal, jusqu’à dans mes années fac, puis ce n’est que depuis quelques années que je me suis mis à travailler de nouveau avec un DAW, en décidant de me procurer un Ableton avec un Akai MPK49 et de donner un nouvel élan à la production digitale.

Depuis combien de temps produis-tu du footwork?

En fait c’est le 1er EP footwork que j’ai eu à produire."VIP-C-ID" est le tout 1er track que je pourrais considerer de footwork. J’ai fais quelques beats sous d’autres alias dont je préfère garder secret pour le moment. Les autres choses que j’ai eu à produire étaient plus laid back, dans la gamme de 90bpm ou des sons house upbeat.

Quel a été le processus de création de "CBD Therapy", ton dernier EP? Comment as-tu conçu les différents morceaux?

Quand je fais un beat, dans 95% des cas, je commence par bosser le sample. Je sais que beaucoup aime d’abord avoir leurs sections de percussions ou quoi que ce soit d’autre de programmé en amont, mais je préfère travailler le sample puis le laisser dicter la séquence de percussions. Parfois, je voudrais que la séquence du beat s’accorde avec le sample. Si par exemple, je veux que le kick soit à une certaine note pour mettre l’accent sur les cuivres, alors je commence avec le sample, pour en ressortir la séquence de percussions, puis je sample de nouveau et je travaille sur les mélodies et les choeurs. Les lignes de basses et les effets vocaux viennent en général à la fin.

Es-tu un danseur de footwork?

Non, pas du tout. En fait, à part sur YouTube, je n’ai jamais vu de danseurs de footwork. Puis ce n’est vraiment pas le truc ici au Canada. La plupart des gens de la scène electro d’ici ne sait même pas ce que c’est que le footwork.

Que peux-tu dire sinon de la scène juke/footwork à Toronto? Fais-tu partie d’un collectif ou d’un label?

C’est assez restreint! Je vivais à une époque dans le centre-ville de Toronto, mais depuis que je me suis retiré pour une ville bien plus petite et à des heures de Toronto, c’est plutôt difficile pour moi de m’impliquer dans quelconque type de scène ou de mouvement. Garder le contact via internet me permet de rester dans la boucle, mais cela reste compliqué d’être isolé et loin de tout. J’ai cependant remarqué récemment quelques évènements de plus autour de Toronto. Je pense que la mort de DJ Rashad et l’héritage qu’il a laissé derrière lui, jouent un rôle de plus en plus important. Le nombre de personnes sur Soundcloud, produisant du footwork, ne cesse de croître, ce qui prouve bien que le mouvement est loin de s’essouffler.

Quelles sont tes influences majeures et quels sont les artistes footwork ou pas que t’écoutes en ce moment?

Je pense que j’ai une large gamme d’influences. Je n’avais jamais entendu parler de footwork avant que je ne tombe par hasard sur un morceau de DJ Spinn en 2010. Puis de là, j’ai découvert Rashad et tout le collectif TEKLIFE. Je mentirais si je disais que ma plus grosse influence dans la production footwork n’est pas DJ Rashad. Il était juste à un autre niveau! Pareil avec Dilla et Madlib, qui sont largement mes influences majeures lorsqu’il s’agit de faire du hip-hop, car à mon avis il y a très peu de personnes qui puisse faire mieux. J’ai été aussi fortement influencé par beaucoup de jazz et la fusion des années 70. Mon père était un gros amateur de jazz fusion, donc j’ai grandi en écoutant des groupes comme Return to Forever et Mahavishnu Orchestra. Roy Ayers est comme un dieu pour moi, c’est juste un génie! Puis j’ai toujours eu un fort intérêt pour la musique électronique et particulièrement la drum and bass. Au début des années 2OOO, j’étais plutôt Shy FX, DJ Zinc, Andy C, DJ Hype, et pas mal dans le style de sons développé par Hospital Records.
Puis comme je l’ai dit plus tôt, j’ai longtemps été impliqué dans le punk, hardcore et métal, ce qui a toujours eu une forte influence dans tous les genres de musiques que je puisse faire. J’ai tendance à utiliser des samples de voix et sons issus de morceaux hardcore et punk, parce que je sais que peu pense en utiliser. J’ai été dans des groupes de death metal pendant des années, dans le genre Cannibal Corpse, Morbid Angel, et Obituary. Et, aussi opposés que le Death Metal et le footwork puissent être, il y a pas mal de similitudes qui les rapprochent. Par exemple, les breaks complètement fous et rapides, tout comme les changements de tempo du footwork, peuvent être transposés à d’autres genres tels le jazz fusion ou le métal. Beaucoup de build ups aux grosses séquences, ce qui correspond en musique électronique à un beat plus lent avec des hi-hats rapides et des 808’s qui claquent. Tout cela ressemble à des breakdowns en metal ou hardcore.

Comment fais-tu pour constituer ta communauté de fans sur et en dehors d’internet?

Honnêtement, je ne m’en occupe pas vraiment. Je pense que si ce que je fais est bon, alors il y aura de fortes chances que ce soit entendu par les bonnes personnes et puis, la musique parle pour elle. C’est peut-être naïf de penser ainsi, mais mon expérience dans la musique m’a fait comprendre que savoir-faire est aussi important, sinon plus que connaître un tel, et c’est aussi valable dans la vie de tous les jours. Si les choses ne se passent pas, c’est que c’est comme ça! Pour moi, la musique est une forme de thérapie. Si les gens aiment ce que je fais, tant mieux! Sinon, ça me va aussi. Je n’attache pas d’importance à où j’en suis avec ma vie ou mon âge, je fais tout ça uniquement pour m’épanouir personnellement et rien d’autre.

Quels sont tes futurs projets? Y’a-t-il une date de sortie pour "CBD Therapy"?

Je vais prochainement sortir un mix pour le collectif Footwork Fusion 160, puis j’ai quelques collaborations en vue, sinon rien d’autres pour le moment. Concernant "CBD Therapy", je n’ai pas prévu de sortie officielle en plus du fait qu’il soit déjà en ligne gratuitement. Tant qu’il y a du monde qui télécharge mon son et qui prenne leur temps pour l’écouter, ça me va amplement!

Un dernier mot que t’aimerais partager avec les lecteurs de Crème de Sons?

Je tiens à remercier tout ceux qui s’intéressent à moi et merci à toi d’avoir pris le temps de faire cette interview. Gros respect à la scène musicale au delà de l’océan atlantique, particulièrement à pas mal de producteurs français. Les sons venant de chez vous ont aussi eu une grosse influence sur moi tout au long de ma carrière musicale. Big ups à tous là-bas et au monde entier!

English Version

Could you please introduce yourself to the readers of Crème de Sons?

Just a dude well into his 30’s that lives in a rural town in the middle of nowhere; with a passion for searching for, listening too, producing, and overall just enjoying music.

Is there any story story behind your artist name?

Stig Lasso was the name of this older guy I used to work with. He was a mechanic who is now retired but I just always thought he had a cool name. Once I produced this footwork EP I wanted a new alias, so I stole the name.

How did you get in music production and what means music to you?

I have probably been making music as long as I could walk/talk. I grew up with parents that were big into music themselves and always encouraged me to play around with instruments and make different sounds; it was something that I learned to enjoy from an early age. Things really started for me when I was 11 years old and got my first guitar. From there I played in various punk and hardcore bands through high school. I also became proficient in the upright bass and was a member of every orchestral group that was available to me. Even as a young kid I didn’t just like one style of music… I was fortunate enough to be into anything and everything and wanted to play a lot of different styles of music. I didn’t see a DAW until maybe year 2000/2001 when I downloaded a demo of FruityLoops on my 56k internet. By this time I was still heavily into Punk/Metal but also heavily into underground hiphop and early jungle/drum and bass. Through the years and through college I only played primarily in hardcore and metal bands. I didn’t see a DAW again until a couple years ago when I decided to get Ableton with an Akai MPK49 and give this whole digital production thing a real effort.

How long have you been producing footwork and what sparked your passion for it?

This EP was the first footwork I have ever produced. The song "VIP-C-ID" was the first track that I had ever produced that I would consider footwork. I have made a few beats under someother aliases…which I will keep secret for now. The other stuff I have produced has either been in the realm of real slow vibey laid back stuff in the 90bpm range or some upbeat housey tunes.

What was your creative process while recording the tracks for your EP "CBD Therapy"? How did you build up your tracks?

95% of the time I make a beat I start with the sample. I know a lot of people like to have their drum lines or whatever programed first but I really like to work off a sample and then let it dictate the drum pattern. Sometimes I’ll want the beat pattern to fit the sample; like for example maybe I want the kick to be on a certain note to help emphasize a horn hit; so I usually start with a sample, then figure out a drum pattern, then sample more and figure out any melodies and choruses. Bass lines and vocal effects etc. usually come later.

Are you a footwork dancer?

No I am not. I have never actually seen footwork dancing in real life besides on youtube. You really don’t get much of that up here in Canada. Most people in the beat scene/electronic music scene here still have no idea what footwork even is.

How is the juke/footwork scene in Toronto? Are you part of any collectives or labels out there?

It’s small. I was living downtown Toronto for a few years but just recently moved back home to a tiny small town that’s really remote and hours away from Toronto. It’s hard for me to be involved in any type of scene or really get involved in the movement. Keeping in touch online helps keep me in the loop, but its hard being so remote and away from everything. I have noticed a few more gig’s as of recent around the Toronto area. I think the passing of DJ Rashad and the legacy he left behind has really started to show its influence. The amount of people on soundcloud producing footwork and juke has really increased which shows it’s not slowing down.

What are your major influences and who are the artists from and outside the footwork genre you are listening to right now?

I really like to think I have a huge spectrum of influences. I had never heard of Footwork before I randomly stumbled on a DJ Spinn record back in 2010. From there I found out about Rashad and the whole Teklife crew. I would be lying if I didn’t say that my biggest influence in producing footwork is DJ Rashad. The guy was just on another level. Really no different with Dilla and Madlib being the main influences when I produce hiphop; because in my opinion there are few people that do it better. I am heavily influenced by a lot of jazz and fusion from the 70’s. My father was a massive Jazz Fusion head so I was brought up listening to groups like Return to Forever and Mahavishnu Orchestra. Roy Ayers is like a god to me. That man is a musical genius. I have always had an interest in electronic music and specifically Drum and Bass. In the early 00’s I was all about guys like Shy FX, DJ Zinc, Andy C, DJ Hype, and a lot of the Hospital Records style of sound.
As I mentioned earlier I’ve always been involved with punk, hardcore, and metal. All of those still have a massive influence into all the music I make no matter the genre. I tend to use voice and sound samples from hardcore and punk songs because I know that no one else has likely used it before. I have been in a death metal band for a few years now, in the realm of Cannibal Corpse, Morbid Angel, and Obituary. As polar opposite Death Metal is to footwork there are still a lot of similarities you can take and use in one or the other. For instance, all the crazy fast drum breaks and tempo changes in footwork can really translate into other genres like jazz fusion or technical metal. Lots of build ups to heavy parts; which in a lot of electronic music relates to a slower beat with some fast hi-hats and banging 808’s. It’s very reminiscent of a breakdown in metal or hardcore.

How do you manage to build up your fanbase in and outside the internet?

I honestly don’t really manage my fanbase. I’m a believer that if it’s good enough it will get heard by the right people and good music does most of the work for you. That belief may be naïve as I have been involved in music long enough now to know it’s almost just as important on a “who you know” basis compared to “what you know” but that can honestly relate to so many situations in life. If it doesn’t happen then it doesn’t happen. I make music for me as form of therapy. If people dig it that’s cool; if they don’t that’s cool too. It doesn’t matter to me at this point with where I am at in my life and how old I am. I do this purely out of self-fulfillment and nothing more.

What are your next moves? Is there already a release date for "CBD Therapy"?

I’ll be releasing a mix shortly for the Footwork Fusion 160 crew and have a couple little collabs lined up but nothing else going on at this point. I am not going to officially release anything on "CBD Therapy" besides keeping it online for free as it already is. I’m really not looking to get anything out of this so at the end of the day if there are people out there downloading my stuff and taking the time out of their day to listen to it I’m happy.

Is there any last word or thoughts you would like to share with my readers?

I want to say thanks for checking me out and to you for taking the time to do this interview. Huge respect to the music scene across the pond…especially a lot of the French producers. The sounds coming from your area have been a huge influence on me through my entire music journey. Big ups to everyone over there, and worldwide!